Agriculture biologique : les états ont compris son enjeu

Partout dans le monde, des articles quotidiens nous signalent une croissance constante de la demande des citoyens pour des aliments plus sains. On lit partout que “la bio a le vent en poupe”, mais c’est surtout la demande.

En France, la demande en produits dits “biologiques” explose. Le label AB (qui côtoie dorénavant en doublon, la feuille verte européenne), est né il y a presque 35 ans ! Paradoxalement, seuls 6,5 % de la surface cultivable de ce pays est consacrée à une culture à peu près recommandable*. Même si la proportion de convertis ou de jeunes paysans bio est en forte augmentation, cela reste un chiffre ridicule – contre 10 à 25 % de la surface cultivable ou SAU (surface agricole utile) dans d’autres pays.

* La formule “à peu près recommandable” pour des produits étiquetés biologiques peut sembler choquante, mais elle a du sens si l’on prend en compte tous les paramètres environnementaux comme par exemple la quantité de pollution accumulée partout – air, terre, eau, etc. Un producteurs bio ne peut rien contre le vents, la qualité d’une nappe phréatique, voire le film plastique dont les distributeurs enveloppe (encore !) ses produits pour les vendre en grande surface… Autant dire que la route est longue. L’ère du “vrac” démarre seulement.

Par ailleurs, certains maraîchers ou petits paysans locaux** proposent des fruits ou légumes absolument naturels sans pour autant afficher un label bio, en étant même parfois plus aux normes, puisque, comme on le sait, le cahier des charges pour l’agriculture biologique permet l’utilisation de 5 % d’intrants chimiques… Cela ne veut pas dire que tous utilisent cette marge, mais on est en droit de se demander si tous ces produits sont réellement 100 % biologiques.

** pourquoi dit-on “locaux” puisque par définition, ils sont géographiquement toujours locaux par rapport à un lieu. On cultive toujours localement par définition ! Disons : ceux qui vendent aussi uniquement sur place, localement…

Quoi qu’il en soit, le but est de parvenir à manger plus sain que ce que l’industrie agro-alimentaire nous a fait avaler depuis des décennies. Manger bon et sain, si ce n’est pas trop demander, et ce à la fois pour notre santé et pour celle de la terre, puisque la qualité de notre environnement rejaillit sur la qualité de notre vie.

Dans chaque pays, aujourd’hui, vous avez des gens qui cultivent la terre en la respectant. Et ce n’est pas parce qu’un pays n’a pas encore de “label officiel” qui détermine si tel ou tel produit est “biologique”, qu’il ne l’est pas de par le respect apporté à sa culture, quelle que soit son approche d’ailleurs (permaculture, agro-écologie, biodynamie, ou simplement naturel).

Ainsi, en Russie, depuis bientôt dix ans, la coopérative Lavkalavka regroupe des fermiers qui travaillent avec une approche naturelle, distribue leurs produits naturels dans ses boutiques et les propose dans ses restaurants et cafés.

Très prisée aujourd’hui, cette enseigne a même créé son propre cahier des charges selon les standards internationaux des normes de l’agriculture biologique, mais avec des points encore plus drastiques. C’est David Yavruyan notamment (par ailleurs membre de l’équipe BioCoin) qui en est le garant : il est Docteur en Biologie, spécialiste de l’agriculture biologique et créateur des normes internes de LavkaLavka.

Il se trouve qu’en Russie, l’État a bien compris ce mouvement et réfléchit de manière sérieuse à la qualité des produits qui peuvent retrouver une qualité sur ses immenses terres cultivables (sans OGM puisque ces derniers sont interdits là-bas). Lire Russie, le gouvernement parie sur l’agriculture biologique“.

Et ce n’est pas parce que qu’un logo national reconnaissable n’est pas encore adopté comme label officiel (cela viendra), qu’il n’existe pas de produits naturels. Loin de là ! Et c’est ce que s’évertuent à mettre en lumière depuis 2009 des néo-ruraux comme Boris Akimov et sa bande d’amis gastronomes, qui ont souvent plusieurs métiers à leur arc.

Cet article du 9 septembre en parle (traduction) :

Dmitry Patrushev : “Nous devons nourrir la population avec des produits biologiques”

Le ministre de l’Agriculture de la Fédération de Russie Dmitry Patrushev a présenté des informations sur la mise en œuvre du programme scientifique et technique fédéral pour le développement de l’agriculture 2017-2025 à l’heure parlementaire à la Douma d’État de la Fédération de Russie. Y compris, il s’agissait d’une question d’agriculture biologique.
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Un député de la faction LDPR, Boris Paikin, a rappelé que la loi fédérale sur les produits biologiques avait été adoptée précédemment et a demandé quelles mesures le Ministère de l’Agriculture envisageait d’introduire la production agricole biologique sur le territoire de la Fédération de Russie. Dmitry Patrushev a remercié les députés d’avoir accepté ce document.
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Nous devons nourrir la population avec des produits biologiques sans nitrates, sans additifs qui affectent notre santé“, a déclaré Dmitry Patrushev. Il a déclaré que des travaux sont actuellement en cours sur la mise en œuvre de l’agriculture biologique, que des terres seront sélectionnées dans les régions où il serait bon de s’engager dans l’agriculture biologique”, a déclaré le ministre de l’Agriculture.

(source)

Nulle doute que cela peut aller très vite.
Et Boris Akimov, leader de Lavkalavka et cofondateur de BioCoin, est un formidable relayeur de la cause. Il n’arrête pas de sillonner les régions pour mettre en avant des producteurs, cultivateurs, éleveurs de toutes sortes dont les produits proposés, transformés ou bruts, sont absolument délicieux et naturels ! On peut déjà trouver des produits sains en Russie. Le succès du réseau LavkaLavka est une locomotive prise très au sérieux. On n’imagine pas ce qui est en train de se passer depuis ces dernières années.

Certes, comme partout, il reste des défis comme la question du recyclage des déchets par exemple, qui doit absolument faire en sorte que les décharges sauvages arrêtent de pulluler (même en France, malgré quelques lois…). La gestion des déchets, tout comme l’énergie et l’alimentation sont des sujets à traiter à la fois avec la plus grande urgence et de la prudence, pour ne pas faire n’importe quoi sous couvert de précipitation.

L’agriculture biologique, un enjeu à prendre au sérieux

Dans n’importe quelle région du monde, de plus en plus de familles s’inquiètent de ce qu’elles avalent. À juste titre ! De nombreux états ont compris l’enjeu de cette demande et la prennent en compte.

En Inde, la région du Sikkim a mis en place ces dernières années un plan de forte incitation, soutenant les petites fermes biologiques, les paysans qui démarraient et ceux qui se convertissaient. Aujourd’hui, la conversion en bio de cette région est quasiment terminée.

En suisse, c’est souvent grâce aux aides des cantons que les agriculteurs peuvent se convertir à l’agriculture biologique

Face à l’adversité, on peut se donner les moyens de changer et d’améliorer les choses. Les moyens existent, la volonté et les politiques doivent suivre. La santé des gens et l’environnement doivent passer avant tout.
Aux gouvernements de devenir raisonnables en passant outre la pression des lobbies de l’agrochimie pour retarder le déploiement de l’agriculture biologique

La terre est vivante : sa culture (et non pas son “exploitation”) demande du temps et du respect.

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